9782330053116

Photographe de guerre, Étienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.
De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre depuis lequel il pourrait reprendre langue avec le monde.
Au contact d’une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l’Italien, l’ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, “la petite qui vient de loin”, devenue avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de mettre en mots ce qu’elles ont vécu.
Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l’urgence de la question cruciale : quelle est la part d’otage en chacun de nous ?
De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l’otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi.

 

Un mot d’abord sur cette auteure dont j’ai lu plusieurs ouvrages et que j’apprécie particulièrement. C’est avec Les Demeurées petit livre de 81 pages, intime puissant qui m’a laissée désemparée  que je l’ai découverte et j’ai continué avec Laver les ombres, Les insurrections singulières et enfin  Profanes. Des romans très différents mais toujours la même écriture fluide singulière un style bien à Elle tout en finesse et avec beaucoup d’émotions. Ses livres me parlent m’emportent et me surprennent.

J’ai eu l’impression d’entrer dans ce livre sur la pointe des pieds tant son approche du retour à la vie après l’exil forcé comme l’est la prise d’otage est traitée de façon délicate dans un monde de violence son écriture est calme pas agressive, le bruit de la guerre est une douce musique elle sait créer une ambiance. Elle sait s’éloigner des clichés et faire d’un thème banal en somme une réflexion sur toute forme d’exil et de séparation. Comment réapprendre à vivre après comment faire renaître chaque partie de son corps de son âme, on ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé. Beaucoup de passages m’ont émue comme celui où Jofranka explique à Etienne qu’elle est une « recueillie » j’ai trouvé ce mot beaucoup plus joli que réfugiée et l’explication de l’auteure est tout en délicatesse et tellement juste pour un sujet si douloureux.

 « Quand tu es « recueillie » tu n’habites jamais vraiment. Tu fais des tentatives, c’est tout. Moi je vis dans un espace intermédiaire. Entre recueillie et habiter, il y a un espace que je n’ai jamais franchi. »

J’ai beaucoup aimé aussi la comparaison entre l’enfance et le monde qui ne se rejoignent jamais. Elle le répète plusieurs fois dans ce livre et cette répétition est touchante et tellement vraie. Puis cette question qui nous habite tous « Est ce qu’il faut toujours que l’histoire recommence ? » « Parfois il faut savoir baisser la tête » J’arrête de citer sinon je vais recopier tout le livre !

C’est donc une très belle lecture que Jeanne Bénameur nous offre j’emploie le mot offrir volontairement car c’est un vrai cadeau et un réel partage, partage que j’espère avec beaucoup de lecteurs. Et pour finir  cette courte phrase d'Etienne à la page 32 « Je n’efface jamais personne ».