9782246857136-X

« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider. 
Je n’avais pas le choix. 
C’était un ordre. 
J’étais fier. 
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. » 

 

Bouleversée je suis en refermant ce livre raconté par un fils meurtri par les coups les brimades les punitions les humiliations,  ce livre  est d’une extrême violence l’auteur emploie le mot enfer pour décrire sa vie mais parfois le père dans sa folie est drôle,  j’ai pensé au film La vie est belle car certains jeux s’ils n’étaient pas machiavéliques comme le meeting aérien où d’ailleurs Emile appelle son père papa et qu’ils se parlent par talkies-walkies au milieu de la foule est époustouflant et amusant sauf que le père d’Emile est complétement fou, fou suite aux  traumatismes des  guerres de décolonisation qu’il a vécues. La mère est complice de cette folie car elle n’a pas le courage de s’opposer à son mari à ce tyran qui s’est inventé une vie, des relations. Elle n’a tout au long du roman que cette phrase toute faite et pleine de sous- entendus :« Tu connais ton père » Même  devant le psychiatre elle n’avouera pas la folie de son mari :   « Emile, dis- leur toi, qu’il n’avait pas de problèmes »et prenant son courage à deux mains il raconte alors sa vie  devant un auditoire sidéré. Même lorsqu’un soir Emile seul avec sa mère dans la cuisine lui demande si elle connait Ted son soi -disant parrain elle dira que oui. Elle ne semblera soulagée que lorsque le médecin lui jure que son mari ne reviendra pas à la maison.

« Je n’avais été abîmé ni par la haine ni par la ranceur ….J’étais prêt à vivre » certainement une des plus belles phrases de ce livre et celle qui rend serein notre petit Emile dit Picasso qui aimait peindre dans son enfance puis une fois adulte  restaurer les tableaux abîmés comme les cœurs et les corps défoncés par la violence. J’ai eu l’impression en lisant ce livre qu’Emile en veut plus à sa mère qu’à son père mais peut être est- ce une erreur de ma part. Ce qui est le plus étonnant c’est la quiétude et la douceur qui émergent d’Emile devenu adulte mari et papa alors qu’à un moment il a failli basculer en copiant son père et traumatisant un copain qu’il avait bien choisi. Une véritable pépite où j’ai retrouvé le talentueux Sorj Chalandon on peut se poser une question à la suite de cette lecture quelle est la part de vérité dans ce livre mais est-ce bien utile ?