CVT_Coeur-naufrage_8959

Lyla (avec un y) a 34 ans  elle est traductrice, de l’anglais au français, elle a des amis un amant, une « bonne meilleure amie »  Zoé qui prend des décisions à sa place, à un moment elle a même adopté un chat, elle a donc  une vie assez banale. Aux yeux des autres, elle est heureuse mais depuis toujours elle fait diversion…

« Une vie de petits cailloux, dans la chaussure. Une vie de boiteuse. » dit- elle à la page 12 et là dès ce petit incipit de 4 pages je sais que je vais adorer ce livre car j’aime cette écriture directe légère précise cette écriture ramassée. Lyla attend, elle le dit 9 fois à la page 13,  elle attend tout et rien elle vit « par procuration »et puis un soir elle a un message qui va la ramener 17 ans en arrière en août 98 c’est Joris Quertier . Et le roman choral commence, Lyla nous raconte sa vie d’avant et celle d’aujourd’hui puis c’est Joris son amour ou plus exactement sa rencontre d’un soir dans les années 98 qui raconte les deux époques le passé et le présent et enfin le narrateur qui prend la parole. Il m’a fallu laisser au roman le temps de s’installer, car je me suis un peu perdue dans les allers et retours entre les deux époques « deux décennies plus tard » comme elle dit et les trois voix des narrateurs. Par les thèmes abordés ce roman est dense car l’auteure nous emmène d’abord dans le monde des traductrices sans qui les écrivains ne seraient rien : «  Je suis une femme de l’ombre » fait-elle dire à Lyla et de temps en temps elle mêle ce roman qu’elle traduit au sien. Suivent  deux douloureux sujets celui de l’accouchement sous X et la déficience du milieu familial. Tous ces thèmes sont abordés avec sincérité  générosité et sensibilité  sans tomber dans les clichés sans jugement. J’ai beaucoup aimé aussi l’évocation de l’amitié indestructible entre Lyla et Zoé et la confiance mutuelle qu’elles se donnent.

 Au mois d’août 98 Lyla est en vacances sur la côte atlantique elle rencontre des surfeurs et tombe vite amoureuse de Joris un taiseux comme elle dit. Ces deux lycéens se sont reconnus ils ont les mêmes manques Joris ne connait pas sa mère celle de Lyla ,Elaine est une espèce de folle artiste photographe très connue perverse méchante manipulatrice et autoritaire. Le père de Lyla est absent et le père de Joris est un alcoolique déjanté. Joris 17 ans plus tard analyse cette rencontre à la page 75 «  Je pense à ma haine-père qui rejoignait, à l’époque, Lyla et sa haine-mère. Je ne crois pas aux attirances de hasard ; »

Je ne vais pas en dire plus car cela dévoilera  trop l’histoire et gâchera votre lecture. Pour moi c’est un coup de cœur et je vais ajouter les autres romans de Delphine Bertholon dans ma LAL !