CVT_Trois-saisons-dorages_2054

Les quatre premières pages sont écrites par Clément le curé des Fontaines, petit village situé au pied d’un massif imposant et menaçant appelé les Trois- Gueules. Il nous décrit cet endroit avec des mots durs noirs tristes qui nous rendent ce lieu dès le début particulier envoutant étouffant, il  nous parle du drame qu’il y a vécu  d’une histoire qui l’a meurtri, il nous présente les deux familles autour desquelles tourne l’histoire celle d’André le médecin et celle de Maxime le paysan, de cette histoire ne restent  que les pierres calcinées d’une maison. Et puis Clément va prendre la plume du narrateur et nous raconter cette histoire qui a bouleversé les habitants de ce village.

 « Et seul un homme qui n’a pas d’histoire peut raconter la leur »

Le village est très peu peuplé et presque à l’abandon quand les frères  Charrier exploitants de carrières décident de s’y installer d’amener de la main d’œuvre  « ces fourmis blanches » qui vont participer à la transformation de ce petit village de cent cinquante âmes en un gros bourg d’un millier avec bar restaurant école. C’est là qu’André jeune médecin habitant Lyon décide de s’installer à la fin de la guerre 39 45 cette guerre l’a meurtri 18 cadavres  d’enfant l’ont bouleversé à jamais ; il doit quitter Lyon, la ville, pour « y voir clair ». Son installation est rapide et bien accueillie il fait retaper une vieille  demeure avec une vue époustouflante : La Cabane. André avait oublié sa vie d’avant quand se présentent une jeune femme Elise et un enfant de 4 ans Bénédict : c’est son fils. Père et fils s’apprivoisent Bénédict s’installe définitivement chez son père. Et l’histoire continue sur les générations suivantes Bénédict va devenir médecin, rencontrer Agnès, avoir une fille Bérangère. Dans le village il y a une famille de paysans Maxime et Delphine avec 4 fils dont Valère qui sera vite l’amoureux de Bérangère. On pourrait vite  s’ennuyer dans cette saga familiale sans le talent de Cécile Coulon  ses facéties, ses descriptions, ses revirements, son écriture au vocabulaire bien choisi, ses personnages féminins aux caractères bien trempés, rien n’est laissé au hasard. Un des thèmes principaux de ce roman celui qui m’a le plus intéressé c’est de CHOISIR  sa vie, choisir d’après le petit larousse c’est « se déterminer à faire quelque chose »;  les trois femmes de cette histoire Elise Agnès et Bérangère sont des femmes très déterminées elles ne se feront jamais dicter leur vie,  elles la choisiront et iront jusqu’au bout de leur conviction : Elise choisira de confier Bénédict à son père, Agnès choisira son avenir et Bérangère choisira de rester avec Valère aux Fontaines. Un autre thème très bien étudié est celui des racines, comme Clément André Bénédict Agnés ne sont pas nés aux Fontaines ils y sont tolérés parce qu’ils y apportent quelque chose mais c’est tout : seule Bérangère est née aux Fontaines. Cécile Coulon leur fera dire plusieurs fois et chacun leur tour « Il n’est pas d’ici » je ne suis pas d’ici »Seule Bérangère née aux Fontaines y trouvera sa place. La vie aux Fontaines fait peur aux gens de la ville elle y frôle parfois la malédiction la sorcellerie les légendes et les fantômes ; cet endroit est à la fois envoûtant et beau, magique et irréel, menaçant et  apaisant c’est une terre de contrastes c’est un autre monde. Des portraits de femmes superbement bien écrits comme celui d’Agnès à la page 61, Agnès qui rencontre Bénédict et qui dès le premier jour le choisit. Cécile Coulon qui écrit tout simplement « Agnès était superbe. » à la page 61 ou bien la description très sensuelle d’Agnès le jour de la première rencontre avec Valère, voilà des exemples  qui rendent  ce livre tellement BEAU. Quatrième livre que je lis de cette très jeune auteure mais c’est quand même Le cœur du pélican mon préféré.