jaenada

 

 

Philippe Jaenada (le roi de la digression) excelle dans l’art de défendre les causes  perdues de fouiller les archives judiciaires pour mettre à jour les erreurs et les incohérences et faire revivre des procès retentissants. Dans cet énorme pavé il s’attaque à un sacré dossier l’assassinat à coup de serpe  de 3 personnes le  25 octobre 1941 la nuit dans un château  du Périgord fermé à clef. Seul Henri Girard en sort vivant mais qui a tué son père Georges sa tante Amélie et Louise la bonne ? Henri est vite suspecté par les gendarmes et les magistrats, il sera acquitté  en 1943 mais l’énigme jamais résolue, il ne faut pas oublier que nous sommes en pleine guerre 39- 45 et que rien ne se déroule normalement   Façon Cluedo Philippe Jaenada nous balade dans les couloirs du château (merci pour le plan) dans les chemins qui entourent le château (encore merci pour le plan) on se perd beaucoup on ne retient pas tous les noms ni les lieux ni la chronologie on râle même un peu contre l’auteur et puis il nous surprend nous récupère dans ses filets il sait  maintenir la lectrice que je suis, éveillée même quand il me saoule avec ses explications sur fond de toiles d’araignées dans les wc désaffectés qui durent qui durent ……..  il est très doué très habile très drôle et joue avec son lecteur. Revenons donc à la construction de ce roman : il y a la vie de Philippe Jaenada qui part de Paris direction le Périgord dans une  vieille Meriva il part à la recherche de documents sur ce fait divers et je crois aussi pour marcher dans les traces d’  Henri Girard et voir ce château qui le hante, il restera  10 nuits à Périgueux et reviendra  avec des questions mais aussi des certitudes. Il nous raconte son périple son aventure ses rencontres ses anecdotes ses intuitions ses réflexions son enfance sa famille …………….tout y passe. Et puis il y a  la vie d’Henri avant et après les meurtres l’étude des  comptes -rendus d’audience les procès- verbaux les archives pour mieux y noter les incohérences des témoignages, mais c’est surtout la fragilité et la véracité des témoignages  qui m’a interpelée à la lecture de ces nombreux documents. Il y a dans ce roman des passages magnifiques et d’une lucidité étonnante comme les pages 289 à 292 sur la vie à Périgueux le dimanche soir c’est d’une exactitude troublante. J’adore aussi le côté peureux froussard franchouillard persécuté surveillé mal aimé angoissé sentimental obsessionnel poète et sensible de ce gros nounours qu’est l’auteur ; sa relation avec le Goncourt est un passage savoureux, son regard d’épagneul page 116, l’alarme au Mercure etc……………..on s’amuse bien . Mais comment il fait Philippe Jaenada pour tout se rappeler dans sa petite tête les noms les adresses les dates les rencontres, qui est qui ? Dans une autre vie il a dû être inspecteur de police ………..Ma conclusion : j’ai aimé ce livre même si je me suis un peu traînée à un moment j’ai aimé la fin surtout le chapitre 20 qui nous montre un grand Jaenada complètement secoué dans le château d’Escoire je le vois bien avec  une petite larme au coin de l’œil. Je crois que je vais relire le club des cinq ! (remarque qui ne peut être comprise qu’une fois la lecture achevée) Après Sulak et La petite femelle je confirme il faut lire Philippe Jaenada  le rencontrer l’écouter.