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« Il y a des histoires étranges dans toutes les familles. Des secrets, des choses inavouables, inavouées, quelquefois terribles, sur lesquelles les adultes se taisent, comme si le silence pouvait étouffer la réalité, et, qui sait, la faire disparaître. Mais il arrive que, malgré tout, des mots s’échappent, parviennent aux oreilles des enfants distraits, et même à demi, ils les entendent. Un jour, ces mots prennent sens, et une histoire singulière se dessine. »

Et c’est le prénom de Livia prononcé par sa grande tante Alice qui va intriguer Marie Sizun, c’est la première fois qu’elle entend ce prénom. Si tante Alice lui explique que Livia était  la gouvernante suédoise elle n’en saura pas plus, elle se tourne alors vers sa mère qui lui donnera quelques informations supplémentaires bien difficiles à comprendre, moi-même j’ai fait un arbre généalogique ! A partir de quelques photos trouvées dans la maison de sa mère de quelques documents et d’un journal écrit par Hulda son arrière grand-mère, elle va retracer la vie de ses ascendants vie qui se déroule d’abord en Suède puis en France à Meudon.

 «  Pourtant cette histoire il me faut la raconter, parce qu’elle m’appartient, ou plutôt parce que, d’étrange façon, j’ai le sentiment d’être cette histoire »

De son écriture fine, précise et élégante avec beaucoup de tendresse, Marie Sizun  va essayer de retracer la vie de ses arrière grands-parents  maternels Léonard et Hulda  Sèzeneau de leur cinq enfants dont  sa grand-mère  Eugénie et de Livia Bergvist la gouvernante suédoise maîtresse de Léonard mère de Georges qui est tout simplement le grand-père paternel de Marie Sizun.( vous me suivez !)

Dans une atmosphère feutrée de la bourgeoisie, deux femmes se partagent ce roman, Hulda et Livia, ces deux jeunes femmes sont tombées amoureuses d’un horrible personnage pervers coureur de jupons séducteur souvent absent et beaucoup plus âgé. C’est la relation ambigüe entre ces deux femmes qui s’aident se soutiennent s’estiment sans se le dire qui va être le fil conducteur de ce roman qui se déroule de 1867 à 1877. Plus qu’une gouvernante Livia devient l’amie d’Hulda,  elle devient indispensable à Hulda trop jeune trop frêle, incapable de gérer la maison et d’élever ses quatre enfants. Quand une nouvelle grossesse s’annonce, Livia deviendra la maîtresse de maison. Quand à Léonard plus le livre avance plus son caractère change et il semble bien désemparé fatigué face à l’évolution de la situation qu’il ne maîtrise plus et peut-être a-t-il des regrets ?

J’ai aimé retrouver le style de Marie Sizun qui semble chuchoter ses textes et qui nous laisse imaginer les sentiments des personnages. Une douce atmosphère malgré les destinées douloureuses de ces deux femmes, deux beaux portraits ! Une belle lecture !