Enfant de salaud de Sorj Chalandon
Fidèle lectrice de Sorj Chalandon, j’ai retrouvé dans ce roman toute la force de l’auteur qui écrit avec ses tripes. Je n’ai pas trouvé d’autres mots. J’ai eu l’impression d’entendre sa voix, d’écouter ses mots de sentir toute sa haine et sa colère, de mesurer sa peine et son chagrin. Un roman dans lequel on assiste en miroir à deux procès, celui du propre père de Sorj Chalandon et celui de Klaus Barbie, deux procès basés essentiellement sur le mensonge. Le procès de Klaus Barbie a lieu à Lyon en 1987 Sorj Chalandon y assiste en tant que journaliste. Dans cette même ville, habite le père de Sorj Chalandon. Celui-ci y assiste au fond de la salle. En même temps le soir, Sorj Chalandon lit les compte-rendus d’audience du procès de son père qu’il a réussi à se procurer. Depuis son enfance Sorj Chalandon sait que son père est un menteur un affabulateur. Son grand-père l’avait dit un jour en 1962 lorsqu’il avait 10 ans : « C’est un enfant de salaud, et il faut qu’il le sache ! » Arrêté plusieurs fois sous des uniformes différents, soupçonné d’intelligence avec l’ennemi, ce père arrive à tromper les siens et même l’armée. Le petit Sorj lui vivra toute sa vie avec ses secrets et portera ce fardeau beaucoup trop lourd pour lui. Plane aussi tout au long du roman l’ombre de cette femme, sa mère, celle qui n’aura pas su ou pas osé le protéger.
En lisant les enquêtes menées sur les agissements de son père, l’auteur y lit ce qu’il savait, découvre ce qu’il soupçonnait et prend en pleine face la vérité sur cet homme qui est son père. C’est dur c’est violent. Pourtant à d’autres moments ce père si violent savait l’appeler Bonhomme avec tendresse et lui alors l’appelait papa ! Dans ce roman si bien construit on retrouve tantôt le journaliste tantôt le romancier tantôt le fils et tantôt le citoyen. Un roman presque Goncourt ! Dommage ! Hâte de retrouver Sorj Chalandon et sa fougue légendaire à la galerne le 7 janvier 2022.
