51j-mx+dqaL__SX195_

Nina Gary a 18 ans ; alors qu’elle tente de devenir une femme, elle réalise que quelque chose cloche. Entre son père gambien qui marche comme un tam-tam, son grand-père à l’accent de Popek qui boit de la vodka, entre le trop d’amour de sa mère cachée pendant la guerre, le rejet de la fac et la violence de la  rue, elle est perdue. Noire, juive, musulmane, blanche et animiste, elle en a gros sur le cœur d’être prise pour une autre, coincée dans des cases exotiques où elle ne se reconnaît pas. Alors, elle court.  C’est la solution qu’elle a trouvée pour échapper aux injustices et fuir les a priori d’une société trop divisée pour sa construction intime. Elle fait le choix de  la vitesse pour se prouver qu’elle a un corps bien à elle et se libérer de l’histoire de ses ancêtres, trop lourde pour ses épaules. Un mouvement permanent pour s'oublier, et tout oublier de la Shoah, de l’esclavage, de la colonisation et de la reine d’Angleterre. Courir pour se perdre, s’évader, se tromper, être trompée, se blesser, se relever peut-être. Ne plus croire en rien, seulement au chronomètre et en l’avenir des 12 secondes qui vont suivre. Sentir ses muscles, pour vivre enfin l’égalité – tous égaux devant un 100 mètres, à poil face au temps. Entre les grandes et les petites choses,  c’est l’histoire de Nina Gary, une jeune fille qui court pour devenir enfin elle-même.

Un petit roman bien agréable à lire. Rachel Khan  effleure tantôt ses problèmes en  douceur avec les mots du cœur tantôt avec haine avec des mots durs tantôt avec ironie et drôlerie mais toujours avec une grande lucidité et beaucoup de sincérité. Quand c’est trop difficile  elle s’en sort avec une pirouette «  je blague » dit- elle plusieurs fois. Ou bien «  J’écris parce que j’ai souvent mal » c’est un premier roman et Rachel Khan a mis la barre assez haute car c’est un sujet difficile mais elle sait nous garder  éveillés  tout au long de notre lecture on lit ce livre d’une seule traite on suit Nina dans sa quête d’une identité d’une place dans ce monde si dur et si sectaire. J’ai été sensible à sa relation avec son grand- père Yoram grand- père qui est omniprésent tout au long de ce roman. Le dynamisme de Dina son énergie son écriture fluide rendent ce roman léger et frais : une belle découverte qui donne envie de mieux connaître cette jolie personne au cinéma.

Livre reçu dans le cadre du prix des  lectrices de version fémina