céline lapertot

D’une écriture ramassée, l’incipit si court mais tellement fort de ce roman nous présente le personnage principal de ce roman.

« J’ai dix-sept ans.

Je m’appelle Charlotte……………….J’ai dix-sept ans et j’ai tué. »

En une longue lettre de 210 pages Charlotte va écrire au juge, elle  ne peut pas raconter oralement car les mots ne sortent pas de sa bouche. Seule l’écriture lui est accessible. La construction méthodique de ce roman est tout simplement exemplaire, un chapitre par année de sept à dix-sept ans qui alterne avec un chapitre du présent, présent qui se passe avec son éducatrice Sandrine dans la salle d’attente au tribunal et  par trois lignes qui insistent sur une réflexion de Charlotte au juge.

Charlotte est fille unique dans une famille assez aisée, jusqu’à ses sept ans la violence de son père ne s’exercera que sur sa mère et puis un soir tout bascule, il la frappe et l’enferme dans la cave ce sera désormais sa chambre, ce qui est terrible c’est que tout était prémédité : le lit était prêt. Et cela va durer 10 années, car Charlotte n’osera jamais crier sa vérité, elle  pense qu’à un moment ses grands-parents ses professeurs ses camarades de classe les amis de ses parents vont tout découvrir mais son père est un être pervers machiavélique son processus de manipulation  est au point, jamais déstabilisé maître de lui-même  il saura faire face aux services sociaux à la CPE, « Il contrôle à distance la moindre de mes paroles ». La question à laquelle  Céline Lapertot essaie de répondre  dans ce roman est celle que tout le monde a sur le bout des lèvres lorsque des cas similaires sont découverts Pourquoi n’a-t-elle rien dit ? Autre question Comment une mère peut-elle assister sans réagir au défoulement physique et moral du père? Mais qu’est ce qui va faire bouger Charlotte ? Plus on avance dans la lecture plus on sent ce qui va se passer et ce qui va faire basculer Charlotte.

J’ai découvert Céline Lapertot avec son magnifique livre Des femmes qui dansent sous le bombe j’ai retrouvé le poids des mots, le regard qu’elle porte sur les sentiments de ses personnages.  Une lecture qui secoue qui dérange qui nous parle de victime de bourreau d’emprise et qui rappelle que la lecture peut apaiser les souffrances et cicatriser les blessures. Une belle écriture avec un « je » qui rend la lecture encore plus poignante.